EchoServices

POINT de VUE

5.1 – LES LEVIERS DE L’AUTORITÉ
Une Vision VBR du Leadership opérationnel

Il n’y a pas que les parents et les enseignants qui sont en quête d’autorité face à des jeunes qui s’affirment.
Même au plus haut niveau de l’état, les dirigeants s’inquiètent et cherchent à refonder constamment l’autorité qui leur reste. Leurs stratégies, manoeuvres et postures suffisent-elles pour y parvenir ? Les sondages d’opinion nous permettent d’en douter. Pour « faire autorité » certains artistes-chanteurs font mieux en peu de temps…
Si l’autorité se définit comme la capacité à influencer les autres, à faire acquiescer et à entrainer vers un but, sur quoi se fonde-t-elle ?

Quels leviers me permettent d’accroître mon #autorité ?

Les théories sur l’autorité ne manquent pas. En principe elles devraient permettre d’y voir plus clair et de faire un auto-diagnostic. En fait elles semblent surtout avoir permis à leurs auteurs de mettre de l’ordre dans leurs idées, à défaut de pouvoir être utile à ceux qui font l’effort de les lire. « Ce qui est simple est faux, ce qui ne l’est pas est inutilisable » (Paul Valéry).

Or, en s’intéressant tout simplement au sens étymologique des mots, en les prenant au sérieux, on découvre quelquefois des clés d’accès à la complexité de la réalité. Le mot “autorité” (latin : auctoritas) n’est pas sans rapport avec le verbe “autoriser” (latin : auctorisare) dans son acception un peu vieillie : “revêtir quelqu’un d’une autorité”, « accorder à quelqu’un le droit de faire quelque chose ». Cela pose évidemment la question de savoir qui est « l’auteur » (latin : auctor) c.à.d. l’origine, le principe fondateur, le garant de ce droit.

L’AUTORITE CONSENTIE :
ce que les AUTRES m’autorisent à dire ou à faire

Aung San Suu Kyi, le « papillon de fer » de Rangoon, a été élue numéro 1 du classement mondial 2012 des personnalités ayant fait particulièrement progresser les droits humains dans leur pays et au-delà. La clé de son autorité ?
Pendant une vingtaine d’années, pourtant assignée à résidence, elle a, avec un courage inébranlable, continué à dire ce que tous ses compatriotes souhaitaient s’entendre dire. Son immense autorité ne se fonde sur rien d’autre que « ce que les autres lui autorisaient à dire et à faire » : expliciter les attentes et aspirations du peuple Birman et ses droits face aux divers torts subis.

Depuis toujours cette forme « d’autorité consentie » s’impose comme le fondement le plus solide du « leadership ». Le leader est celui à qui les autres, indépendamment de toute organisation hiérarchique, spontanément s’identifient, en qui ils se reconnaissent. Il n’y a pas de rapports de « pouvoir ». Les relations sont empreintes de confiance. Les échanges sont consensuels. “L’autorisation” de parler et d’agir au nom de tous, le leader en dispose aussi longtemps qu’il incarne et explicite leur réalité.

Est-ce à dire qu’un leader ne peut jouer de son influence sur les autres qu’en se faisant coopter chaque jour, chaque heure, par ceux qui sont les auteurs et garants de son autorité ? Cela conduirait de toute évidence rapidement à de la démagogie voire à du « populisme ». Comment un leader peut-il être le haut-parleur et l’amplificateur de ceux qu’il représente sans se déguiser en Père Noël et sans faire l’impasse sur les droits et devoirs d’une fonction que, le cas échéant, il exerce dans une structure hiérarchique ?

AUTORITE LEGITIME :
ce que MA FONCTION m’autorise à dire ou à faire

Le 27 avril 1994, Nelson Mandela, lui qui quelques mois avant n’était qu’un rebelle, emprisonné depuis 27 ans pour avoir lutté contre l’apartheid, s’est transformé en homme d’état, devant le Gotha du monde entier, par son investiture en tant que premier président noir de l’Afrique du Sud. Son discours inaugural a fait « autorité » au delà de toutes les frontières : « le temps est venu de panser nos blessures – le moment est venu de réduire les abîmes qui nous séparent – le temps de la construction approche. » Il avait une vision pour l’Afrique du Sud – pas forcément partagé par tous – où noirs et blancs marcheraient la main dans la main pour construire ensemble l’avenir et arrêter l’effusion de sang.

Depuis la nuit des temps la société humaine s’est structurée hiérarchiquement. Celui ou celle qui exerce la plus haute fonction la tient d’un principe fondateur qui a pu varier de l’Antiquité aux Temps modernes, de l’Inde à l’Afrique et à l’Europe : Dieu, « auteur » suprême, les anciens, l’ordre cosmique, l’unité, l’hérédité, les lois et règles existantes, la voix du peuple, la protection des plus démunis, la loi du plus fort…

Au moment de leur investiture, le Pape, le Roi, le Président de la République, le Président Directeur Général, le Chef sont « autorisés » dans leur fonction. Leur autorité devient légitime car liée à une fonction socialement reconnue et juridiquement fondée. A leur tour ils “autorisent” respectivement les évêques, les ambassadeurs, les ministres, les fonctionnaires, les managers, les professeurs…, et ainsi de suite jusqu’à la base de la pyramide.

A l’intérieur d’une organisation hiérarchique, toute fonction “autorise” celui qui en a été investi à parler ou à agir «au nom de la direction générale et en vertu des pouvoirs qu’elle lui a conférés». Sa légitimité se définit en termes de responsabilités (attributions) et en termes de services et d’utilité (contributions). Une fonction fera d’autant plus facilement « autorité » que ses attributions et contributions apparaîtront clairement au plus grand nombre. Et le fait qu’elle puisse recourir à des sanctions positives ou négatives ne fait que conforter l’autorité légitime du titulaire.

Or trop identifié à sa fonction, un responsable risque de négliger les autres fondements de son autorité et de verser dans l’autoritarisme par des abus et des excès. En revanche, ne pas assumer suffisamment ses reponsabilités ou se montrer incompétent pour fixer une ligne de conduite, provoque tout autant de rejets et de contestations.

« Ce que ma fonction m’autorise à dire et à faire » dans le cadre des règles existantes peut en surplus être brouillé par la complexité des interactions entre les différentes structures hiérarchiques. Les relations « transverses » qui se créent rendent nécessaires une clarification quasi permanente des frontières entre les fonctions « légitimes » des uns et des autres. Comment discerner, dans chaque type de relation, les leviers d’autorité qu’il convient d’actionner pour que les autres puissent l’accepter ?

L’AUTORITE PERSONNELLE :
ce que JE m’autorise à dire ou à faire

En dehors de toute investiture, si quelque chose m’y motive, je peux « m’autoriser à parler ou à agir » sans que rien d’autre ne m’y autorise. Sans légitimation de quelque instance extérieure que ce soit, je ne m’impose qu’avec mes idées, mes compétences, mon entrain, mon style, mon courage et audace, mon magnétisme, ma lucidité, ma probité, mon savoir et savoir-faire personnels.

Si j’arrive à créer l’adhésion autour de mes idées, à entraîner des décisions ou à redresser une situation défavorable, c’est en jouant du seul poids de ma personnalité. L’autorité que j’exerce ainsi, j’en suis moi-même l’AUTEUR. Elle m’appartient, j’en suis l’origine et le garant.

Pour peu que je n’arrive pas à m’imposer avec mon autorité personnelle, la tentation est grande de me rattraper en usant ou en abusant de mon autorité de fonction : « c’est moi qui commande ici ». Quant au recours à la violence, en théorie, peu de gens y sont favorables. Et pourtant…

Entre ce que mon autorité légitime m’oblige à exécuter et ce que, « en mon âme et conscience », je m’autorise à faire, il peut y avoir des conflits. L’expérience de Milgram, réalisée initialement aux États-Unis dans les années 1960 et reproduite par France Télévisions en 2010, étudie l’influence de l’autorité sur l’obéissance et en particulier la capacité à désobéir du candidat incité à infliger à quelqu’un d’autre des décharges électriques de plus en plus dangereuses.

Les entreprises commencent à prendre conscience de la nécessité de favoriser une pensée « hors normes » afin de sortir de paradigmes dépassés et d’innover. Certaines vont même jusqu’à créer une fonction dont l’objectif est de penser à côté de se qui se fait déjà. D’ailleurs, ne serait-ce pas la raison d’être de beaucoup de créateurs et designers dans tous les domaines de l’activité humaine.

Pour penser et agir en dehors d’une conformité trop routinière à ce qui se dit et se fait dans mon environnement et devenir un peu plus «l’auteur» de mes propres actes et paroles, certaines personnes sont mentalement mieux prédisposées que d’autres. Mais l’assurance, la confiance en soi, l’esprit créateur, la capacité d’agir avec l’autorité qu’on s’attribue à soi même, cela s’acquiert et se cultive, en particulier par un usage éclairé de la parole.

Avoir de l’autorité en parlant est un pouvoir d’influence qui tient à une triple capacité, celle qui consiste à opérer, en toute circonstance, par la distinction et la mise en oeuvre appropriée de trois intentions fondamentales :

• je dis « ce que les AUTRES m’autorisent à dire ou à faire  » en explicitant  » ce qui leur appartient » (Autorité Consentie) ;

• je dis « ce que ma FONCTION m’autorise à dire ou à faire » en exposant  » ce qui M’ appartient dans ma fonction » en matière d’objectifs et d’utilité (Autorité Légitime) ;

• je dis « ce que JE m’autorise à dire ou à faire » en séduisant avec « ce qui peut ou devrait pouvoir devenir COMMUN » , une plus-value partagée (Autorité Personnelle).

Ces TROIS LEVIERS de l’AUTORITE, tout dirigeant, tout manager, tout responsable commercial, enseignant, artisan ou parent, tout homme ou femme peut les activer opportunément et éthiquement en évitant par là que les autres ne se sentent obligés de se défendre contre lui. Ils ne se contredisent pas mais se complètent, se renforcent et s’équilibrent, jusqu’à une totale coïncidence, fondement d’une autorité pleine car à la fois consentie, légitime et personnelle.

Toutes les formations et trainings VBR d’EchoServices en matière de Communication et de Management apportent aux participants la possibilité d’un autodiagnostic et donnent accès aux leviers d’une parole plus influente.

Théo Cockx

Fondateur d’Echoservices
Plus sur LinkedIn
Plus sur Viadeo

Si vous voulez approfondir ce point de vue ou accroître vos aptitudes, vous pouvez me joindre par mail. Je vous réponds volontiers.

Posted in: Points de vue

Commenter cet article (0) →